Aston Martin en sport automobile (1/3)

En 1913, deux hommes : Lionel Martin et Robert Bamford fondent dans un petit atelier londonien la marque Aston Martin.

PNG - 566.1 ko

L’histoire de cette prestigieuse maison est étroitement liée au sport automobile et plus particulièrement aux épreuves d’endurance. 107 ans après la création, le constructeur va faire son entrée officielle en F1. Après avoir été jusqu’ici un simple partenaire de Red Bull, Aston Martin va devenir une écurie à part entière en remplacement de Racing Point. Cette nouvelle entité va s’adjoindre les services du quadruple champion du monde Sebastian Vettel. En 107 ans d’existence la marque se sera construit un palmarès incroyable. Dès les débuts, les co-fondateurs de cette jeune entreprise de voitures de sport ambitionnent de se faire un nom dans le sport automobile. C’est en course de côte - discipline populaire en Grande Bretagne – que Lionel Martin signe en personne les premiers résultats notables de la marque. Mais les deux comparses rêvent déjà de notoriété à l’international. Nous sommes alors dans les années folles, le destin va mettre en relation Lionel Martin avec un jeune pilote, le comte Louis Zborowski. Il est le fils d’un noble polonais et d’une riche héritière américaine. Le jeune comte a soif de vitesse et de compétition. Avec 10000£ (somme colossale pour l’époque), ce dernier commande la construction de deux voitures ainsi que la réalisation d’un tout nouveau moteur de course à 4 cylindres à double came en tête et 16 soupapes pour participer au Tourist Trophy de l’île de Mande 1922.

PNG - 499.6 ko
Châssis TT2 au Grand Prix de France 1922

Ce moteur de 1 486 cm3 développait 55 ch à 4200 tr / min pour un poids de 750 kg, et permettait une vitesse de pointe de 137 km/h.Son développement fut à lui seul une sacrée histoire. En effet, le comte Zborowski mettait à contribution ses amis pour se rapprocher de l’ingénieur de Peugeot Marcel Gremillion. Le talentueux Français avait étroitement collaboré avec Ernest Henry qui s’était construit une solide réputation grâce à ses moteurs 16 soupapes sur les plus grandes courses de l’époque. Contre une bourse d’or bien garnie, Zborowski obtenait les plans d’Henry mais dont les cotes de constructions avaient été divisées par deux. La voiture de grand-prix était équipée de deux sièges dont un décalé - conformément à la règlementation de l’époque - pour accueillir le mécanicien qui avait la lourde responsabilité du graissage et de la pressurisation du réservoir d’essence.

Malheureusement, faute de temps, les deux châssis baptisés TT1 et TT2 n’étaient pas prêts pour être alignés au Tourist Trophy en juin 1922, comme initialement prévu. C’est finalement au Grand Prix de France à Strasbourg en juillet 1922 que les deux voitures purent faire leurs premiers tours de roue. Zborowski, assisté par son mécanicien Len Martin, pilotait le châssis TT1tandis que Clive Gallop, assisté de son mécanicien H.J. Bentley, pilotait le châssis TT2. Cette première sortie se solda par un double abandon en raison de problèmes mécaniques. Malgré tout, cette expérience fut suffisamment encourageante pour que cette équipe naissante poursuive l’aventure du Grand Prix. La poursuite du développement de ces deux voitures allait contribuer à corriger les défauts de jeunesse.

PNG - 255.8 ko
Châssis TT1 au Grand Prix de Boulogne

Les premiers effets se traduisaient par plusieurs podiums, dont une deuxième place au Grand Prix de Penya Rhin organisé sur le circuit de Villafranca en 1922 et 1923 et une troisième place au Grand Prix de Boulogne en 1923.

Malheureusement, le décès brutal de Zborowski au volant d’une voiture de course en 1924 allait sonner le glas de la présence de la marque en sport automobile. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les Aston Martin continuèrent cependant à se distinguer lors de diverses épreuves mais uniquement aux mains de pilotes privés. En Europe, le sport automobile de l’immédiat après-guerre redémarre avec les moyens du bord. Il n’était pas rare de voir s’affronter des voitures développées dans les années 30. Les Aston Martin « Speed Model », notamment la 2 litres d’avant-guerre, se montraient toujours aussi compétitives et pouvaient s’aligner sans complexe au Grand Prix Automobile de Belgique 1946 disputé sur un parcours routier temporaire adjacent au Bois De La Cambre à Bruxelles. Au volant on retrouvait un personnage pour le moins atypique et haut en couleur : St John Ratcliffe Stewart Horsfall surnommé « Jock », qui s’était lancé en sport automobile en 1934 et contribua financièrement au développement d’Aston Martin. Pendant la guerre, il avait été au service du MI5 et sa principale fonction était de conduire très rapidement des agents du MI5, des agents doubles ou des espions ennemis capturés d’un endroit à un autre. C’était d’autant plus remarquable que « Jock » était astigmate et myope et s’était opposé avec véhémence au port de lunettes.

PNG - 301.6 ko
St John Ratcliffe Stewart Horsfall « Jock »

Il joua un rôle déterminant dans « l’opération Mincemeat » destinée à duper l’ennemi afin de dissimuler l’invasion alliée de la Sicile en 1943. Lors de ce fameux Grand Prix des voitures de sport de Belgique 1946 « Jock » allait imposer sa vénérable Aston Martin 2 litres face à un peloton constitué de Frazer Nash, BMW et Alvis. Cette voiture était propulsée par un quatre cylindres à arbre à came en tête de 1 950 cm3 qui délivrait 125 chevaux pour 800 kg et était capable d’atteindre les 193 km/h.

Mais c’est au 24 h. du Mans 1949 que « Jock »Horsfall réalisa un authentique exploit au volant d’une Aston Martin. Alors qu’il faisait normalement équipe avec Paul Frère, « Jock » décida d’enchainer seul les 24 heures de conduite pour finalement enlever la deuxième place de sa catégorie et la quatrième au classement général. Malheureusement, Horsfall perdait la vie quatre semaines plus tard dans un accident au BRDC Trophy organisée à Silverstone. Figure emblématique de la marque, le « Aston Martin Owners Club » organise depuis une course annuelle à sa mémoire : le « St. John Horsfall Memorial Trophy ».

-> Lire la suite (épisode 2/3)

Article : Jean-François DUBY - Auto Full News
Photos : Service presse Aston Martin
photo1 : Châssis TT2 au Grand Prix d’Espagne 1922