MAXI Anecdotes - Périn/Chatriot - Acte 2

Voici la suite des "MAXI Anecdotes" de Michel Périn et de son pilote François Chatriot

Acte 2 - Rallye des GARRIGUES 1985 et 1986

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- Mars 1985 / Notre nouveau jouet finit en cendres !!

Nous sommes au départ du second rallye de la saison 1985, sur un terrain radicalement différent.

Le plateau Groupe B est royal, jugez plutôt : RAGNOTTI-THIMONIER sur une MAXI 5 Turbo, FREQUELIN-TILBER sur une OPEL MANTA 400, BEGUIN-LENNE sur une PORSCHE 911, DEMUTH-LUX sur une AUDI QUATTRO, SNIJERS-COLEBUNDERS sur une LANCIA 037, TOUREN/NEYRON sur une MAXI 5 Turbo,etc…

Après notre abandon du récent Critérium de TOURAINE, nous sommes convaincus que les qualités de notre nouvelle monture nous permettront de nous exprimer.

En fait, à cette période la voiture est encore équipée de roues AR de 15 pouces qui - si elles sont performantes - ne résistent pas suffisamment longtemps au très gros couple du moteur (43mkg à 5000tr/mn avec déjà 34mkg à 3000tr/mn).

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Sur les longues et sinueuses ES de ce Rallye, les difficultés sont plus importantes que prévues.

Alors que nous venons d’en finir avec la célèbre ES sinueuse, étroite et en montée de PEYREGROSSE/MANDAGOUT, François me demande de regarder ce qui peut bien faire glisser son pied droit 🤔 !

Je pense immédiatement à une bouteille d’eau oubliée dans l’auto et qui se serait ouverte…mais nous en embarquons rarement avec nous !

J’ai encore nos 2 casques sur les genoux, et tandis que le « Chat » ralentit, je me penche, pose ma main sur le liquide suspect, et la porte à mes narines.

Le verdict est sans appel : c’est de l’essence…gloups !

François arrête immédiatement l’auto, en sort pendant que je reste assis avec les casques dans les bras, et rentre son buste dans la voiture afin de tenter de localiser la fuite (les réservoirs d’essences sont sous et derrière nos sièges).

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C’est à ce moment qu’une grosse explosion suivie d’un embrasement général se déclare (sans doute les vapeurs d’essence qui ont rencontré quelque chose de chaud).

Nous avons tout juste le temps de bondir hors de l’auto, et de nous éloigner car le magnesium des jantes fait jaillir des flammèches assez loin de notre MAXI 5, qui brulera bien longtemps et s’enfoncera même légèrement dans le goudron sous l’effet de l’importante chaleur.

François sent le cochon grillé, car il a pris un bon coup de « chalumeau » au visage !

Une très haute colonne de fumée monte dans le ciel, visible depuis le Parc d’Assistance du VIGAN pourtant distant de 12 kms.

Nous ne le savons pas encore, mais cet incendie de notre Groupe B est malheureusement le premier d’une triste longue série.

- Avril 1986 / La pièce de 5 Francs

Le rallye des GARRIGUES est la première épreuve du championnat et nous sommes remontés comme des réveil-matin ⏰ !

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Le plateau a du relief avec - entre autres - la présence de Carlos SAINZ et de son copilote Antonio BOTO sur la MAXI 5 de RENAULT ESPAGNE.

Inutile de vous dire que nous sommes bien décidés à vendre très chèrement notre peau !

Pour vous donner une idée de l’ambiance studieuse, il était courant pendant les recos (libres) que Carlos SAINZ/Antonio BOTO et nous, rentrions vers 3 ou 4 heures du matin à quelques minutes d’intervalle sans nous être concertés…vous avez dit « pression » ?

Bien sûr le petit-déjeuner était pris vers 13heures 😜.

Etre mécanicien de reconnaissance à cette époque n’était pas de tout repos car la voiture était à réviser…le matin 👀 !

En début de course Carlos et Antonio sont les plus rapides, puis après une belle réaction, nous reprenons la tête…... pour quelques secondes.

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Un beau bras de fer s’installe.

En 1985, les téléphones mobiles n’existent pas, et les départs, arrivées et points STOP des ES sont équipés par FRANCE-TELECOM de prises téléphone "PTT" permettant aux organisateurs de joindre les différents postes de commissaires durant la course.

Par ailleurs, pendant les recos, je prends soin de localiser toutes les cabines téléphoniques permanentes installées sur le parcours.

Pour chaque rallye, j’emmène dans mon sac copilote une dizaine de pièces de 5 francs au cas ou !

Enfin, pendant les vérifications, je me débrouille pour récupérer la liste des différents numéros de téléphone répertoriés sur le « book »officiel et (normalement) réservé à la direction de course…(dont le numéro des Points Stop 😜).

Alors que la bataille avec SAINZ fait rage, que nous en finissons avec l’ES de PEYREGROSSE/MANDAGOUT (rappelez vous 1985 et l’incendie !), et que nous rejoignons l’assistance située avant la célèbre large ES en descente du Col du MINIER, une forte pluie surprend tous les concurrents.

C’est la valse des pneus, et les slicks sont vite remplacés par des PB20 (les « pluies" de l’époque).

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Comme prévu, notre camion d’assistance est installé à coté d’une cabine téléphonique que j’investis, armé de ma liste de numéros.

En me faisant passer pour la direction de course, j’appelle le Point Stop de l’ES que nous allons parcourir en espérant que la voiture « 0 » ou « 00 » soit dans les parages.

Et là : jack-pot, le commissaire m’indique que la « 0 » est entrain d’arriver.

Je demande à parler au pilote que j’interroge : les informations sont qu’il pleut fort sur les 3 premiers kilomètres, beaucoup moins sur les 2 suivants et que c’est totalement sec sur les 12 kms restants…Caramba !

Je reviens vers François qui m’écoute et décide (sans être totalement serein) de monter des slicks tendres retaillés (NB :à cette époque la quantité et le choix des pneus est totalement libre).

Nous quittons le point d’assistance et rejoignons le départ de l’ES en tentant désespérément de faire chauffer nos pneus sous une pluie battante….et le « Chat », scrutant le ciel tout noir, commence à me regarder d’une drôle de façon…si vous me comprenez !!

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Les 3 premiers kilomètres sont comme décrits, la voiture est inconduisible et j’entends dans la radio quelques noms d’oiseaux fuser.

Nous arrivons en un seul morceau dans la partie seulement humide, François parvient à faire chauffer progressivement ses pneus …et la vitesse commence à revenir.

Effectivement peu avant le cinquième kilomètre, lorsque l’on change de versant, la chaussée devient totalement sèche …Ouf, François se concentre et répète à plusieurs reprises « c’est pas maintenant qu’il faut faire une connerie ».

Les kilomètres défilent …et les traces laissées par les PB20 de SAINZ/BOTO sont de plus en plus visibles.

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L’addition pour eux est lourde puisque nous leur « mettons » 30 secondes…et triplons notre avance acquise dans les ES précédentes.

Malheureusement Carlos et Antonio cassent le couple conique de leur MAXI dans l’ES suivante, et nous remportons le Rallye devant SNIJERS/COLEBUNDERS sur une LANCIA O37.

L’acte 3 nous emmènera au Rallye du TOUQUET 1985 pour de nouvelles anecdotes

@ suivre.... -> Le rallye du Touquet 1985

Texte :Michel PERIN
photos : archives / Michel Périn

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