Aston Martin en sport automobile (3/3)

Voici le 3e et dernier volet de l’histoire d’Aston Martin en sport automobile :

Après le bref et modeste épisode Formule 1, Aston Martin revient aux courses d’endurance qui ont forgé sa réputation sportive.

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DP214

En 1962 la marque s’aligne aux 24 h. du Mans avec la DP212. Cette voiture repose sur un châssis de DB4 GT et reçoit une carrosserie spécifique très profilée pour lui permettre d’atteindre les vitesses élevées indispensables dans les Hunaudières. Le moteur 6 cylindres de 4 litres développe de 330 à 335 ch.

Elle sera confiée au duo Graham Hill et Richie Ginther. Au départ Hill prenait la tête de la course et creusait même un écart significatif grâce à une belle vitesse de pointe. Hélas la voiture était instable, au fil des heures et de quelques ennuis mécaniques la voiture pointait à la 9ème place du général avant de devoir se retirer sur une panne de pompe à huile. Cela resta la seule participation de ce châssis à une course avant de le retrouver des années plus tard dans des courses de gentlemens drivers.

En 1963 Aston Martin engage deux voitures : la DP214 Châssis N°0194 pour Kimberley et Schlesser et le Châssis N°0195 pour McLaren et Ireland. Les deux voitures vont faire tomber la barre des 4 minutes au tour lors des essais.

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DP214

Le jour de la course, alors qu’Innes Ireland s’était hissé à la 6ème place lors de son relai, ce dernier devait malheureusement renoncer à la 6ème heure après avoir cassé un piston sur un problème de pompe à huile. Cette panne anodine allait entrainer une réaction en chaine à l’issue dramatique. En effet suite à cet incident la DP214 déversait pas moins de 20 litres d’huile sur la piste. Les premiers pilotes arrivant sur ce secteur du circuit, Mike Salmon (Ferrari 330 LMB) et Ninian Sanderson (A.C. Cobra) purent éviter la flaque, mais pas Roy Salvadori qui perdait le contrôle, et se retrouvait sur le toit avant de voir sa Jaguar Type-E prendre feu. Jean-Pierre Manzon (Aerodjet LM6) venait percuter la Jaguar arrêtée en milieu de piste suivi de très près par l’Alpine M63 du Brésilien Christian Heins, alors en tête de sa classe. Heins, en évitant une première épave, partait en glisse et percutait une autre voiture avant d’aller s’enrouler autour d’un poteau télégraphique et prendre feu.

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DP215

Longtemps prisonnier des flammes, le malheureux Heins ne survécut pas à ses blessures. L’autre DP214 de Kimberley et Schlesser poursuivait et arrivait même à occuper à un moment la 3e place du classement général et la tête de la catégorie GT. Elle allait finir par connaitre la même panne que l’autre châssis mais fort heureusement sans la même funeste issue. La même année apparait l’unique DP215. Elle était stylistiquement proche de la DP214 , mais plus légère et équipée d’un moteur de 4 litres développant 327 ch. Elle fut alignée pour la première fois au Mans avec Lucien Bianchi et Phil Hill. Après avoir brièvement été en tête, la voiture devait se retirer à la 3ème heure de course sur un bris de transmission. C’est le même problème qui allait pénaliser Jo Schlesser aux 12 heures de Reims où la DP215 survolait la course au moment de son abandon. Malgré des modifications apportées à la boite de vitesse pour mieux supporter le couple, cette voiture fut retirée des compétitions par l’usine et fait à présent les beaux jours des épreuves historiques. S’en suivra une longue période où seules les Aston Martin engagées par des écuries privées allaient s’illustrer dans différentes courses automobiles.

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Le monstre RHAM/1

C’est au milieu des années 70 qu’un certain Robin Hamilton qui s’était construit une notoriété dans la préparation des Aston Martin propose à l’usine d’engager une DBS V8 particulièrement affutée baptisée RHAM/1. L’usine se montra frileuse et indécise dans ce projet, bien qu’elle mette à disposition son banc moteur. Finalement Hamilton se lança seul dans l’aventure et alignait pour la première fois la RHAM/1 aux 6 heures de Silverstone en prenant lui-même le volant avec comme équipier David Preece. Malgré de bonnes qualifications, des ennuis mécaniques contraignaient les pilotes à réduire tellement leur rythme qu’ils ne furent pas classés. Cette mise en jambe avant les 24 h. du Mans avait cependant permis de corriger les défauts de jeunesse de ce châssis. La consécration arrivait au Mans où le même équipage rejoint par Mike Salmon terminait l’preuve à une très belle 17ème place et surtout la 3ème place en catégorie GTP.

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AMR1/01

Dans cette configuration la voiture était équipée d’un V8 de 5,3 l. de près de 520 ch. notamment grâce à deux turbos de Garrett. Malgré ce très bon résultat et une constante évolution du châssis, Hamilton échoua par la suite à deux reprises au Mans. La seule fois où la voiture rallia l’arrivée en 13ème position fut l’édition 1979 des 6 heures de Silverstone. L’usine revenait de manière officielle en endurance à la grande époque du groupe C pour la saison 1989. Avec l’AMR1/01 l’écurie se classait 6ème du championnat des constructeurs loin des intouchables Sauber, Porsche ou Jaguar qui survolaient la discipline. Elle était équipée de deux versions du V8 (6 l. de 700 ch. et 6.3 l. de 720 ch.) développées par Callaway.

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Une Vantage LM Pro

Pénalisée par une faible vitesse de pointe, l’usine mettait en chantier l’AMR2 avec un moteur plus puissant et une aérodynamique retravaillée. Mais entre temps, un changement de réglementation allait relayer cette voiture au musée avant même d’avoir pu rouler. Aston Martin tenta bien de s’adapter à la nouvelle règlementation en mettant en chantier l’AMR3 mais l’usine faisait déjà face à de gros problèmes budgétaires. Il faudra attendre 2005 pour voir Aston Martin revenir officiellement sous la dénomination Aston Martin Racing avec la DBR9 V12. Cette fois-ci, il s’agissait d’une GT1. La DRB9 devint vite une actrice incontournable de cette catégorie en s’imposant notamment au Mans en 2007 et en 2008. Ces résultats allaient donner des ailes à l’écurie qui franchissait le pas en passant en catégorie LMP1 avec un châssis Lola sous la dénomination B09/60 qui parvenait malgré une forte concurrence à s’imposer 6 fois en 27 participations en endurance.

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Une Vantage GTE 2018

En 2011, l’usine remplace la B09/60 par une barquette baptisée AMR-One mais cette dernière peu performante fera un éphémère passage en compétition et se voyait remplacée en cours de saison par son ainée qui reprenait du service. La marche en LMP1 était manifestement trop haute et la marque préféra revenir en catégorie GT où elle enchaina les succès dans divers championnats avec les modèles Vantage et Vantage AMR en GT2 et GT3.

En s’alignant en Formule 1 après plus de 60 ans d’absence, c’est un nouveau défi qui attend la vénérable maison anglaise qui compte bien retrouver rapidement le chemin de la victoire.

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2021*

Article : Jean-François DUBY
Photos : Service presse Aston Martin + S.D.

* 2021 une nouvelle ère pour Aston Martin en sport Automobile avec la F1 (Crédit photo Formula On Aston Martin Cognizant)

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