En direct : Figaret dans la course - Spa Classic #3

Suite LA COURSE DU SAMEDI.

Samedi matin, lever de bonne heure, pas besoin de réveil, c’est jour de course ! Les premiers chants des moteurs dépassent l’enceinte du circuit et envahissent la petite ville de Francorchamps.

Direction le circuit et la loge FIGARET, pour vérifier une dernière fois que l’équipe est en place pour accueillir la centaine d’invités passionnés que nous recevons. La chance est avec nous, le soleil semble vouloir s’installer sur notre terrasse, le spectacle promet d’être total !

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Réceptif, boutique officielle, une collection de polos haute en couleur ; sponsor des plateaux Sixties Endurance et Troféo Nastro Rosso aux côtés de EFG et du maitre horloger AUDEMARS PIGUET le chronométreur officiel, le dispositif FIGARET est au complet !

La journée, magnifique, s‘égraine, au rythme des différents plateaux qui entrent en piste pour effectuer tour à tour leurs séances de roulage libre ou de qualification.
Nous admirons tout ce que le sport automobile a vu naître de plus beau des années 60 aux années 90, il y a pire punition !
Nous attendons patiemment notre heure.

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Christian, studieux révise à la vidéo, il a trouvé en Dimitri Enjalbert un précieux coach. Pour ma part, je suis au four et au moulin, pas le temps de m’arrêter, j’attrape tout de même quelques conseils au vol, pour le reste, nous verrons en piste !
15H00, il faut se diriger vers l’auto.
La Jaguar est prête, je m’équipe.
15H30, pré grille, un moment que j’aime particulièrement, je fais le vide, la tension monte agréablement. C’est amusant, je cherche toujours un proche du regard, Gaël, Christian, Jean Pierre « mon » mécano ou Delphine mon épouse. Tout le monde se prête à ce petit jeu, vérifier les harnais, bien placer le Hans, enlever la goupille de l’extincteur, brancher la caméra… Plus on approche du départ, plus il faut « double checker » l’ensemble, pourtant le calme règne dans l’habitacle, c’est plus une routine qu’une véritable anxiété !

Dimitri me lance un « vas y Papa » encourageant, il connaît la piste, fort des nombreux tours qu’il a pu faire en passager de Porsche et de Ferrari accueillantes, il sait que ce sera « chaud ».

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Il est presque 16H00, les voitures arpentent la pit lane et commencent l’ascension du raidillon, c’est parti pour un tour de piste en route vers le départ lancé. Nous sommes placés selon l’ordre des qualifications. Une quarantaine d’autos se présentent, la type E occupe la 23ième place sur la grille. Interdiction de doubler pendant le tour lancé. Le rythme d’abord lent se fait plus pressant à l’approche de Blanchimont, le ruban des autos s’étire puis se resserre, ça bouchonne à la Chicane, puis soudain les moteurs grondent. Plus haut les Cobra, TVR, les grosses Type E, les premières Porsche ont passé la ligne et se ruent sur la Source. Je suis un bon cent mètres derrière quant à mon tour je peux mettre gaz et foncer derrière la meute.

Ça bagarre immédiatement, bel esprit de compétition !
Pourtant il n’y a rien d’autre à gagner que la beauté du geste, offrir un beau spectacle, se faire plaisir avant tout. Passer un concurrent au freinage et enrouler la corde devant, c’est comme un fier passing shot du revers, un genou à terre, le long de la ligne, les amateurs de tennis se reconnaitront !

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Une Porsche 2L, une Healey, une Type E, je grappille quelques places dès le premier virage. La MGB de Pascal Amico est derrière, un sérieux concurrent avec sa « petite » auto aussi véloce que bien menée. L’ami Rookie du Tour Auto s’est classé 8ième au général, not too bad …

Premier passage devant les stands, on rase le muret, la voiture se tasse dans le pif paf, compression, on remonte aussi vite que possible sur le raidillon, gaz, je sais que la ligne droite qui vient sera certainement ma meilleure chance de doubler un concurrent, c’est là que je pourrai tirer le plus de profit de l’allonge du 3.8L.

Dès le second tour je prends mon rythme de croisière, 3.17, 3.16, 3.15, je n’irai pas plus vite, alors soyons régulier !

La Jaguar n’est pas la moins puissante, mais devant, la bagarre se fait entre membres du club des 300 à 450 cv, impossible de lutter avec mon poids. Les montées sont nerveuses, les descentes et longues courbes tout en glisse, décidément ce circuit est un bonheur.

Si sur le mouillé la Jaguar n’est pas toujours à son avantage, sur le sec elle a d’autres atouts et m’autorise à retarder mon freinage pour doubler les moins téméraires. Ça passe parfois juste, mais ça passe.

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Les freins de Mark IX jouent leur rôle à merveille. Une habitude prise en moderne avec de gros freins céramiques qui permettent de taper fort dans les freins. Ce n’est pas toujours académique en VHC, quand il faut plus souvent taper moins fort et garder du frein jusqu’à la corde pour ressortir plus vite, mais que voulez vous on ne se refait pas ! C’est donc à la Chicane, la Source ou les Combes que je passerai la plupart de ceux que je doublerai. J’apprendrai aussi à mes dépends que la boîte ne passe pas sur un freinage violent et tardif si la Jaguar n’est pas parfaitement en ligne, c’est probablement dû au châssis qui se tord et empêche les pièces d’être bien alignées, gênant et assez agaçant de reperdre une avance méthodiquement gagnée…

Surveiller les rétroviseurs, s’écarter de sa trajectoire pour laisser passer la horde des Cobras et la puissante TVR, qui me prennent un tour, et regarder loin devant (…)

Devant, justement, sans contexte une des plus désirables du plateau, la Ferrari 250 SWB de Christian Dumoulin. La plus belle proue du monde !

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Un tour, deux tours, trois tours, la Type E se rapproche inexorablement. Nous allons enchainer un long ballet, rapide et nerveux où chacun aura le loisir de se doubler, se refaire au freinage, pousser l’autre à la faute. A la moindre erreur, le poursuivant passera le concurrent de devant, en parfait gentleman !

Chaque passage devant les stands à l’approche du raidillon sera l’objet de toutes les convoitises, impérativement passer devant ! Et cela va durer plus de 20 minutes !
Les spectateurs des terrasses F1 nous le diront plus tard, ils rythment notre passage à la Source, où la Type E est souvent à la limite, pneus avant fumant de ses petits blocages et arrière en glisse, de sonores « Olé » ! Je m’assure la tête de notre binôme improvisé, pensant que l’essentiel est fait, redescends les Combes, la Jaguar y glisse des 4 roues c’est un régal, talon pointe, passage en 3, la Jaguar sombre de Traber / Enjalbert me dépose littéralement ; à l’approche de Stavelot une Cobra me passe à son tour vigoureusement par la gauche. Trop vite peut être, elle part en glisse et manque de sortir, il était moins une ! Bêtement je la suis des yeux, mon regard fixé sur elle, m’entraine vers la même erreur, on se dirige toujours là où notre regard se porte… La Jaguar survire, l’arrière m’échappe, je glisse dangereusement vers le bac à sable, « l’accueil » est sec et vigoureux !

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La Type E se tasse dans le bac mais je parviens à conserver une ligne qui devrait me permettre d’en sortir, si je freine c’est fichu, j’embraque une brouette de gravier, garde du gaz et m’en extraie in extremis. Je sais la 250 SWB juste derrière moi, où est elle je ne la vois plus !
La Jaguar se dandine, regagne la piste à la limite du coup de raquette, la reprise d’adhérence est rude à la sortie du bac, les graviers volent, je m’inquiète de la Ferrari N°24. Christian Dumoulin m’a vu partir à la faute, il freine, écarte le danger et me passe finalement par la droite, c’était « limite !
Après 50 minutes de course je commence certainement à fatiguer, l’impression d’être un peu moins constant. Je sème du gravier jusqu’à la Source, tout est à refaire !
Et ce n’est pas simple, la 250 est plus véloce en accélération, il n’y a qu’au freinage que je peux raisonnablement la passer, mais je dois conserver une marge de sécurité, pas question de gâcher la fête.
Je retarderai encore quelques freinages, histoire de montrer aux Cobras et grosses Type E que la puissance fait l’essentiel de la différence, mais pas question de prendre de trop grands risques. La 250 SWB restera finalement devant jusqu’à sa rentrée aux stands alors que je suis à nouveau revenu sur elle, comme son ombre.

Si les temps en course sont bien meilleurs qu’en qualifications, je ne remonterai pas pour autant sur les 3 Porsche de tête dont celles des copains Jean Marc Bussolini et Damien Kholer qui tournent respectivement en 3.12 et 3.13, deux secondes plus vite que moi, dommage j’aurais aimé croisé le fer !

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Les Cobra de Caron et Huggenholz sont elles 20 secondes plus vite, un autre monde…

Gaël et Jean Pierre me panneautent « 1 lap » à mon passage devant les stands, les instructions sont claires : avant dernier tour.
Au tour suivant et au passage de l’heure de course, nouveau panneau « Stand », c’est le signal de rentrée. Toute fatigue s’évapore instantanément, c’est finalement trop court, je passe une dernière fois le pif paf et le raidillon et boucle ce tour « à fond » histoire de prendre un plaisir maximum !

Virage de la Source, je sers à droite, freine fermement, la vitesse est limitée à 60 km/h dans les stands et me dirige vers la « tour de contrôle ». Le team me fait de grands signes. Jean Pierre se précipite, jette 20 litres de complément d’essence dans le réservoir, je passe le volant à Christian, nous sommes 15ième.
Debout sur la pit lane endurance, en contre bas de la loge FIGARET, je fais de grands signes à tout le monde, un immense sourire envahit mon visage, je pourrais courir un marathon ! J’ai tout donné, mais aurais rarement pris autant de plaisir…

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Christian Dumoulin a passé le relais également, nous nous congratulons, la bagarre a été franche mais cordiale. On se raconte chacun notre « duel » et évidemment le passage dans la bac à sable. Cela se terminera dans la loge devant une coupe de champagne bien méritée.

Christian est en piste et va à son tour immédiatement rentrer dans le rythme. Très vite les temps descendent, 3.20, 3.19, 3.17… Il va rouler comme il sait le faire, sans embardée inutile, toute en finesse, maintenant strictement notre position au classement pendant près d’une heure. Chacun de ses passages devant la terrasse est méthodiquement observé, pariant sur son point de freinage, ou sa vitesse d’attaque. La Jaguar est à la limite mais toujours maitrisée.
Le fan club est aux premières loges tout en rouge orangé vêtu, les couleurs du polo officiel de ce premier Spa Francorchamps Classic.
« 1 lap », bientôt le dernier tour, la Type E tourne comme une horloge, nous gratifiant dans ces dernières minutes de son ronflement grave, le pot inox direct qui sort côté latéral gauche juste sous le pilote « respire » haut et fort ! Le meilleur temps tombe 3.14394 !
Christian n’a rien lâché, nous sommes 13ième et cela suffit à faire notre bonheur !!!

Chaleureuses accolades, sourires béats, nous fêterons cela dans des gerbes de champagne avec nos invités, nous ne serions pas plus heureux si nous avions remporté un Grand Prix !

Demain dimanche, nous regarderons les autres plateaux se battre en piste avec un petit pincement au cœur, c’est quand Spa Francorchamps Classic 2012 ?...

Merci à Patrick Peter et Grégory Miellou pour leur fantastique organisation, à Gaël Régent et Jean Pierre Julien d’Atelier 46 pour la parfaite préparation de la Jaguar, à Christian Craff pour ses perfs et notre belle complicité, aux équipes FIGARET fidèles au poste à la boutique officielle et à l’accueil des invités, à Delphine et Dimitri pour leur indéfectible soutien et bonne humeur.

Relire Figaret dans la course - Spa Classic#1
Relire Figaret dans la course - Spa Classic#2

Texte : Ludovic Le Boeuf
Photos : www.photoclassicracing.com