Rallye des Princesses 2011 : Histoire d’un 13 porte-bonheur

J-30 avant le top départ place Vendôme. La voiture est prête et l’équipage aussi : une journée d’entraînement a permis de s’apprivoiser mutuellement. Elisa, la pilote, maîtrise les subtilités de pilotage de la Lancia Fulvia Zagato de 1969 ; Béatrice, navigatrice, maîtrise les instruments et donne les informations à sa pilote de mieux en mieux.

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Mais voilà, les sponsors, eux, ne sont toujours pas au rendez-vous. Ils n’ont pas dit non, ils n’ont pas dit oui non plus.
Alors, quand l’équipage s’aperçoit que leur numéro provisoire est le 13, Elisa et Béatrice décident de jouer avec le sort : la voiture sera décorée de trèfles à 4 feuilles et elles demanderont à l’organisation du rallye si, exceptionnellement, ce numéro peut être conservé.

5 jours plus tard, le porte-bonheur commence à faire effet : Kenwood et son robot Cooking Chef et Tupperware, pour fêter ses 50 ans d’existence, répondent présents, in-extremis !

Jour J - lundi 6 juin 2011

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Il pleut. Pour se donner du baume au cœur, l’équipe décrète : « rallye pluvieux, rallye heureux ». Et pour nous encourager, le PDG de Tupperware et son équipe ont fait le déplacement, ils sont avec nous dès 8h du matin place Vendôme. Quel bonheur de voir l’un de ses sponsors partager notre enthousiasme. Top départ pour une épopée de près de 1800 km, avec en apéritif 1h d’embouteillages afin de rejoindre l’autoroute, puis le départ de la première spéciale. Nous sommes dans les temps et le bon rythme, le road book ne présente pas de difficulté particulière, jusqu’à ce que nous nous retrouvions nez à nez avec la Mustang de Carmen et Anne, que nous connaissons bien. Elles ont fait l’erreur que nous nous apprêtions à commettre nous aussi, en faisant un tout droit au lieu de tourner : décidément le road book était particulièrement piégeur en indiquant un chemin alors qu’il s’agissait d’une route goudronnée.
Nous manquons d’entraînement, la communication entre la pilote et la copilote n’est pas optimum. La carburation de la voiture, après les embouteillages parisiens, a des ratées. Mais Elisa garde le moral : nous faisons étape le midi à Chaource, elle attend avec impatience une dégustation de fromage. Las, point de Chaource à la table du restaurant !
Qu’importe, le soleil fait une timide et passagère apparition, nous repartons le cœur vaillant. Arrivée à Dijon sous une belle lumière de soleil couchant. Vite, repérer les mécaniciens et leur confier la Zagato pour qu’ils puissent cette nuit nettoyer les bougies et le carburateur.

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Vient au cours du dîner l’annonce des résultats, dont nous n’attendons rien : nous avons accumulé 41 points, un très mauvais score. La surprise est totale : nous remportons la 1ère étape de notre catégorie ! La veille, place Vendôme, une journaliste nous avait demandé : « que craignez-vous le plus sur ce rallye ? ». Nous avions répondu en chœur : « les autres ». Nous avions raison.

Mardi matin, le soleil est encore là. Pour quelques kilomètres. Les mécaniciens ont fait des merveilles cette nuit, la Lancia a retrouvé toute sa fougue italienne. Difficulté particulière cette année : le road book n’est distribué que 30 minutes avant le départ. Grosse pression pour la navigatrice, qui s’isole dans la voiture pour préparer les deux spéciales de la matinée sans faire d’erreur dans les calculs de régularité : nous n’avons pas de cadenceur, uniquement un tripmaster et un chrono. Pendant ce temps, la pilote fait les niveaux et nettoie l’auto, Princesses oblige. Aujourd’hui, nous attaquons la montagne, que nous ne quitterons plus jusqu’à Monaco.
3 petits tours sur le circuit de l’Enclos, il faut enchaîner très vite sur la liaison, à peine le temps de souffler hors de la voiture. Traversée du Doubs et du Jura, avec des paysages sans doute fantastiques. Nous les devinerons à travers les rideaux de pluie, sur des routes forestières couvertes de feuilles, graviers, branchages. Ça glisse, mais Elisa maîtrise parfaitement, et surtout la communication entre l’équipage s’améliore nettement : plus de retard à rattraper donc un rythme de conduite acceptable sur les mauvaises routes. En pleine Spéciale, la route traverse un champ, dont l’accès est protégé par des grilles au sol pour empêcher le bétail de sortir. Les grilles sont signalées sur le road book, pas de difficulté particulière. Seulement voilà, le champ est habité et le troupeau de vaches a décidé de s’installer sur la route au moment de notre passage. Terrible frayeur pour Béatrice qui lève les yeux du road book pour se retrouver à quelques mètres des vaches, elles pourraient lécher la vitre tant elles sont près. Elisa contrôle la situation, elle zigzague entre les bêtes avec beaucoup de sang-froid et enjoint fermement Béatrice de se reconcentrer pour ne pas perdre le fil de la régularité.

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Nous arriverons à Divonne-les-Bains avec une petite éclaircie. Elisa attend le dîner et l’arrivée du fromage avec impatience : il y aura certainement du comté. Mais non, comme le Chaource la veille, il manquera à l’appel.
Nous totalisons 17 points de pénalité sur la journée : nettement mieux, mais le score sera-t-il suffisant ? Oui ! Nous sommes à nouveau premières de l’étape. Les sponsors sont prévenus immédiatement, ils sont aux anges et nous aussi.

Mercredi, départ à nouveau en tête du rallye, la pression monte, nous commençons à croire en nos chances de victoire puisque l’écart avec l’équipage suivant est de 59 points. Très peu si nous commettons une erreur de navigation ou si nous avons un problème mécanique, mais significatif malgré tout. Compte tenu de la météo, nous ne sommes pas surprises de ne voir personne sur le bord des routes pour nous encourager. Faisant la course en tête, nous n’avons pas le plaisir de faire partie de la « caravane » du rallye et voyons très peu de concurrentes lors du départ des spéciales ou lors de la pause du midi. Loin de nous déprimer, cette solitude nous électrise, nous avons l‘impression d‘être seules en course et de nous battre contre nous-mêmes.
Nous enchaînons le col de la Rochette, le col du Mont du Chat et bien d’autres dans un brouillard épais, des routes en épingle, de plus en plus étroites. Difficile pour le petit 1300 cm3 de reprendre de la vitesse en pleine côte pour se remettre dans le bon timing. Il nous faut plus de 800 m pour rattraper le retard causé par les contrôles horaires. D’autres équipages, à bord de Porsche ou Ferrari, sont moins handicapés dans ces conditions sportives. Mais nous parvenons à ne pas faire de faute de navigation et à limiter les pénalités à 23 points.

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Nous arriverons à Aix-les-Bains, la bien nommée, sous une pluie battante avec un essuie-glace qui a décidé de faire grève, côté navigatrice. Une fois de plus, les mécaniciens adorables, disponibles et qui plus est bénévoles feront des merveilles. Heureusement, car toute la journée du lendemain se déroulera sous la pluie et dans le brouillard : allez trouver une route dans ces conditions et sans essuie-glace ! Bonheur lors du dîner : nous remportons la 3ème étape, ex-aequo en points de pénalité mais favorisées par l’année de notre voiture, plus ancienne que la Peugeot 504. Nous maintenons donc notre écart. Mais des incertitudes demeurent : le 13 nous portera-t-il chance jusqu’au bout ? Parviendrons-nous à garder notre concentration ? Et surtout, la Zagato continuera-t-elle à bien tourner ?

Jeudi, en route vers le sud, mais toujours via les montagnes : massif de la Chartreuse et traversée du Vercors sont au programme.
La météo a enfin tourné au beau fixe. Nous sommes gonflées à bloc. La première spéciale de la matinée, à notre grande déception, sera annulée suite à des travaux sur la route. Nous arriverons au départ de la seconde spéciale à moitié endormies par le ronron du moteur, l’adrénaline qui nous sert habituellement de réveil matin nous fait défaut.
Cette fois, c’est Béatrice qui a hâte de faire étape le midi, à Die : y aura-t-il de la Clairette ? Nous sommes décidément un équipage de gourmandes invétérées. D’ailleurs Elisa aura enfin droit à son Comté, même si nous ne sommes pas dans la bonne région.

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Le panorama du Vercors est majestueux, vertigineux même. Quel dommage de n’avoir pas le temps de nous arrêter. Le rythme très soutenu, tant en Spéciale qu’en Liaison, est épuisant. Après le dernier test de régularité de la journée, Elisa est au bord du malaise, nous devons impérativement faire une pause. Nous nous arrêtons sur la place du merveilleux village de Beaumes-de-Venise, et oublions tout à une terrasse de café, au soleil. Et soudain, un éclair de lucidité revient : la journée n’est pas finie, le règlement interdit d’accumuler plus de 30 mn de retard aux arrivées des liaisons, alors que nous sommes à plus de 40 km d’Avignon, qu’il nous faut traverser Carpentras aux heures de pointe et pire, patienter dans les bouchons d’Avignon. C’est un cauchemar, nous voyons les minutes passer et les points de pénalité s’ajouter. Béatrice, la parisienne de l’équipe, guide Elisa dans la circulation pour gagner quelques minutes précieuses : un coup à droite, pardon madame, un coup à gauche, excusez-moi monsieur nous sommes très en retard, tut-tut les copines, laissez-nous passer svp merci… Nous déboulons sur les chapeaux de roue à l’arrivée finale de la journée, dépitées et sachant déjà que nous avons 7 points de pénalité supplémentaires.

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Lors de l’annonce des résultats, quelques heures plus tard, nous sommes soulagées d’apprendre que l’organisation a neutralisé les pénalités de retard de tous les équipages compte tenu des bouchons. L’assistance est blasée, mais nous sommes très heureuses une fois encore : nous remportons l’étape, avec notre meilleur score depuis Paris. 8 points de pénalité en tout, et surtout nous avons creusé l’écart sur nos poursuivantes. 189 points nous séparent désormais. Demain, c’est l’arrivée à Monaco, il ne reste que 3 Spéciales. La victoire est à portée de volant, l’équipage est désormais parfaitement au point et communique efficacement, les doigts de la pilote ne se promènent plus sur le road book en empêchant la navigatrice de voir les temps. Mieux, Elisa déguste tranquillement ses en-cas de 10 h et 16 h pendant que Béatrice finit de préparer les Spéciales suivantes. Pendant ce temps, la Zagato regarde la route, au moins une qui a l’œil !

Dernier jour, déjà…
Pour garder la pression intacte jusqu’au bout et une concentration optimum, nous nous sommes fixées un objectif : ne pas dépasser les 100 points au total sur l’ensemble des 5 étapes. Nous avons accumulé pour l’instant 89 points. Interdiction de faire plus de 11 points sur les 3 spéciales de la journée.

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Nous traversons les majestueuses et interminables gorges du Verdon, sous un soleil éclatant. Nous notons sur le road book les panoramas les plus extraordinaires pour pouvoir revenir une fois le rallye terminé.
Après une étape très reposante sur le domaine du château de Taulane, et alors que beaucoup de concurrentes ne sont pas encore arrivées, nous devons reprendre le départ, directement en Spéciale : difficile de se concentrer tout de suite après le déjeuner. Nous sommes talonnées par une Ferrari Dino, partie pourtant 2 mn après nous. Aurions-nous fait une erreur ? Pourquoi est-elle juste derrière ? Nous avons près de 15 km sans aucun repère, si nous avons raté l’embranchement précédent, nous prendrons le maximum de pénalité et le retard ne sera pas rattrapable d’ici la fin de la spéciale, nous voyons déjà 240 points s’ajouter à notre feuille. Pourtant, Béatrice est sûre d’elle et tente de calmer les angoisses d’Elisa : elle n’a pas fait d’erreur, la Ferrari est très en avance. La suite lui donnera raison : le copilote de la Dino estimait qu’il ne pouvait pas y avoir de contrôle de régularité sur cette portion de route et avait donc enjoint sa pilote à nous suivre.
Ça y est, la dernière spéciale du rallye est terminée.

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Les commissaires de course nous félicitent : ils savent que nous n’avons pas fait d’erreur aujourd’hui et que nous remportons le rallye. Nous avons eu raison de courir avec le n°13 et de couvrir le toit de la voiture de trèfles à 4 feuilles ! Nous prévenons immédiatement Kenwood et Tupperware, qui ont suivi nos aventures avec beaucoup de passion, nous ont envoyé des SMS tous les soirs pour nous féliciter et nous encourager. Ils sont sur un petit nuage.
En ce qui concerne l’équipage, nous ne réaliserons vraiment notre performance que le soir, au cours de la soirée de gala à Monaco. Non seulement nous avons relevé notre défi personnel de la journée, en affichant seulement 9 points de pénalité au total, mais nous apprendrons que pour la première fois en 12 éditions, un équipage remporte les 5 étapes sur 5 du rallye.

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Nous fêterons dignement notre victoire et n’attendons qu’une chose : repartir pour un prochain rallye le plus vite possible. L’équipage est désormais soudé, au point, nous avons du mal à nous quitter le samedi matin pour retrouver notre quotidien respectif. Pourquoi pas nous fixer un nouveau défi, par exemple en nous mesurant à des équipages masculins ? Nous préparons d’ores et déjà la saison 2012...

[Compte rendu réalisé par les gagnantes en Catégorie Historic - N°13 - Elisa-Noémie Laurent et Béatrice Bayle - Lancia Fulvia Zagatto 1969]

Texte : Béatrice Bayle
Photos : Elisa-Noémie Laurent et Tom Zaniroli

Quelques vidéos :
- Ça commence mal !
- Attention aux vaches !
- Morceaux choisis - Jour 3
- Souriez ! Vous êtes filmées

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L’édition 2012 se déroulera du 27 mai au 1er juin  :
Patrick Zaniroli Promotion
ZI Saint-Joseph - Immeuble Le Meeting
1 Avenue du 1er mai - 04100 Manosque - France
Phone : 00 33 (0)4 92 82 20 00
Fax : 00 33 (0)4 92 82 20 34
Site web : www.zaniroli.com
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