Pleins Phares sur la Lola T280 DFV

Déjà en 1972, ses caractéristiques techniques faisaient de la Lola T280 une des meilleures voitures de sport 3 litres. Ses performances, sa rareté et le défi que Jo Bonnier releva en s’engageant à son volant firent le reste.

Avec son châssis monocoque, son moteur Ford Cosworth porteur et une aérodynamique soignée, la Lola T280 d’Eric Broadley (fondateur de la marque) semble être l’un des prototypes les plus aboutis. Il n’en faut pas moins pour Jo Bonnier, importateur de la marque en Europe Continental, pour lancer son écurie dans la catégorie la plus exigeante du Championnat du monde d’Endurance. Persuadé d’avoir le soutien financier de Ford, l’entreprise ne semble pas trop grande… mais l’arrivée des fameuses Mirage Ford de John Wyer bouleverseront la donne.

Malgré toutes ces difficultés, Jo Bonnier parvient à engager deux Lola T280 au départ des 1000 km de Buenos Aires 1972. Le résultat ne se fera pas attendre. Face aux puissantes Alfa Romeo 33 TT et Ferrari 312 PB, la Lola T280 du tandem Wisell/Bonnier signe le meilleur temps en course (Wisell) et occupe même la première place pendant plusieurs tours.

Aussi puissantes et parfois plus rapides que les Ferrari, qui rappelons-le trustèrent dix victoires en dix courses, les Lola équipées de leur moteur Cosworth F1 se mirent souvent en évidence aux essais et animèrent les débuts de courses. Seuls leurs défauts de jeunesse et un manque de moyens évident, les empêchèrent de viser plus haut.

Pour les 24 Heures du Mans 1972, l’équipe reçoit enfin un soutient financier important avec le syndicat suisse des producteurs de fromages, Switzerland. De plus le retrait de Ferrari, jugeant ses moteurs insuffisamment résistants, laisse entrevoir de belles opportunités. Surclassée par les puissantes Matra, les Lola ne se contentent pas du rôle de simples figurantes et se montrent encore une fois très rapides dès le départ, occupant même la tête de la course au 3ème tour, tout en fixant un nouveau record du tour !

Si l’une d’entre elles abandonne assez vite, la survivante (Bonnier-Larousse-Van Lennep) tient bon. Retardée par d’incessants problèmes de freins et de transmissions, la Lola T280 n°8 remonte à la 8ème place au petit matin. A son volant, Bonnier maintient un rythme soutenu lorsqu’au début de la 17ème heure un terrible accident se produit : à l’entrée de la rapide courbe qui précède Indianapolis, Vetsh (Ferrari 365 GTB IV n°35) ne voit pas arriver la petite voiture jaune dans ses rétroviseurs… Le choc est inévitable. La Lola, déséquilibrée, s’envole littéralement au-dessus des glissières et vient percuter les arbres à plus de sept mètres du sol. Le pilote suédois meurt sur le coup. Pour ne pas abandonner le rêve de leur Team manager, l’équipe décide d’aller au bout de leur saison. La victoire aux 1000 kilomètres de Paris (circuit de Rouen les Essarts) sera en quelque sorte un hommage au patron disparu.

Des quatre Lola T280 répondant aux N° de châssis HU1, HU2, HU3 et HU4 seuls trois exemplaires subsistent, HU2 ayant été totalement détruit dans l’accident du Mans. Fait exceptionnel, c’est à notre connaissance, la première fois de l’histoire que ces trois voitures se retrouvent alignées sur la même grille de départ ! Dans l’ordre chronologique, HU1 est certainement la plus titrée avec trois participations au 24 Heures du Mans (1972, 1973 et 1974) et des participations aux 1000 Km de Monza, Spa-Francorchamps, Nürburgring, Zeltweg, Dijon, Buenos Aires et Brands Hatch, mais également aux 6 Heures de Daytona, de Watkins Glen ainsi qu’aux 500 km d’Imola ! Après une première apparition au Mans Classic 2008 dans le cadre du concours Le Mans Heritage Club et une première course "test" lors des Dix Mille Tours 2010, elle se retrouve engagée pour toute la saison du Classic Endurance Racing 2011 !

Dès 1972, HU3 fut envoyée au Japon pour prendre part à la Grand Champion Serie, et participe à trois reprises à des courses sur le circuit du Mont Fuji aux mains du pilote Noritake Takahara. Symbole de sa première vie au "Pays du soleil levant", on la remarque facilement à ses sponsors japonais encore présents sur ses flans. Présente dans les paddocks du CER depuis 2009, elle compte déjà de nombreuses places d’honneurs dont une 3ème place au Paul Ricard HTTT et une pole position ainsi qu’un meilleur tour à Monza en 2010.
HU4 est quant à elle la plus "assidue" des Lola 3 litres au Classic Endurance Racing. En trois ans, son pilote a trusté pas moins de 7 podiums en 15 courses à son volant dont une superbe victoire à Monza l’année dernière et une deuxième place générale sur la saison 2008. En retraçant son historique limpide, nous la retrouvons dès 1972 à Estoril, à Vila Real, aux 6H de Nova Lisboa mais également en 1974 à Interseries de Silverstone.

Au même titre que la victoire de Gérard Larousse et Jean-Pierre Beltoise aux 1000 km de Paris 1972, le retour de ces trois voitures au plus haut niveau des courses historiques est un hommage vibrant à Joachim Bonnier. Pilote, Team manager et président du GPDA pendant de nombreuses années, il ne fait aucun doute qu’il aurait voulu endosser un de ses rôles pour à l’occasion de l’ouverture de la saison 2011 du Classic Endurance Racing. Qu’il soit par tous considérés comme tel…

Texte : Peter Auto - Photos : Photoclassicracing.com